Tunisie : Une flambée des prix du pétrole impacterait le budget et les subventions
2026-03-02 - 12:29
L’expert en économie et marchés financiers, Moez Hadidane, a alerté sur les répercussions directes des tensions géopolitiques au Moyen-Orient sur l’économie tunisienne, notamment sur le secteur de l’énergie et les finances publiques. Selon lui, les fluctuations actuelles des prix du pétrole représentent un facteur de pression majeur sur le budget de l’État. Hypothèses budgétaires et coût par dollar supplémentaire Hadidane rappelle que la loi de finances 2026 repose sur un prix du pétrole fixé à 69,9 dollars le baril. Chaque dollar de plus par rapport à cette hypothèse entraîne un surcoût d’environ 164 millions de dinars pour le budget tunisien. Depuis le début de l’année, le prix moyen du pétrole était d’environ 67 dollars. Cependant, les cours ont connu une hausse de 13% lundi dernier, accompagnée de perturbations dans le transport maritime. Les contrats à terme sur le Brent ont atteint 82,37 dollars, avant de redescendre à 78,28 dollars, soit une hausse nette de 5,41 dollars ou 7,4%. Lire aussi : La production de pétrole brut recule de 12% en 2025 et accentue la dépendance aux importations Hadidane souligne que si le prix moyen reste autour de 80 dollars pour le reste de l’année, le prix annuel moyen atteindrait 77,9 dollars, soit 14,6 dollars de plus que l’hypothèse budgétaire, ce qui pourrait générer un surcoût supplémentaire de 2,39 milliards de dinars pour l’État. Impact sur le budget des subventions Le budget prévu pour les subventions énergétiques en 2026 est d’environ 4,993 milliards de dinars. Dans le scénario à 80 dollars, cette hausse représenterait près de 50% de plus sur les dépenses de soutien, et dans un scénario plus pessimiste, avec un prix du pétrole pouvant atteindre 200 dollars le baril, le coût supplémentaire pourrait atteindre 5 milliards de dinars, soit presque le double du budget alloué aux subventions. Hadidane avertit sur Mosaique fm que ces évolutions exerceraient une forte pression sur les finances publiques si les prix de l’énergie pour les consommateurs ne sont pas ajustés, car l’État devrait absorber l’intégralité du surcoût. Les prix de l’or noir pourraient grimper au-delà des 120 dollars Dans les prochains jours, les cours du pétrole risquent de flamber face au risque de ruptures d’approvisionnement énergétique. C’est du moins ce qu’estime le conseiller économique du Kremlin, Kirill Dmitriev, qui a imaginé, dans un message publié sur X, le prix du baril grimper « prochainement à plus de 100 dollars ». Car pour l’Iran, faire bondir les prix du baril constitue un moyen de pression sur Washington, alors que Donald Trump a promis à son électorat des prix de l’énergie bas. Avant le conflit, le cours du baril de brent, la référence internationale de l’or noir, s’affichait à plus de 72 dollars. Lire aussi : Le Golfe en flammes : L’Iran intensifie ses frappes contre le Qatar et Dubaï L’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’Opep+ ont décidé d’augmenter dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206.000 barils par jour en avril, un volume supérieur aux anticipations. Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix de l’or noir pourraient grimper au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional et des ruptures d’approvisionnement. Les pays producteurs de pétrole pourraient quant à eux tenter d’augmenter davantage leur production dans les mois à venir. « Les huit pays se réuniront le 5 avril », a annoncé l’Opep. Répercussions sur le marché et le taux de change Concernant le taux de change, aucun changement majeur n’a été observé récemment, avec seulement une légère hausse du dollar face à l’euro et une progression de 2,4 % du prix de l’or, traduisant l’incertitude persistante sur les marchés mondiaux. L’expert précise que ces évolutions auront un impact sur tous les acteurs économiques, en particulier pour la consommation d’électricité, de gaz naturel et de carburants, faisant de la gestion des subventions énergétiques l’un des principaux défis pour le gouvernement tunisien dans les mois à venir.