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Tunisie : Plus de 90 % des eaux usées traitées restent inexploitées

2026-03-15 - 11:28

Alors que la question de l’eau s’impose comme l’un des défis majeurs des prochaines décennies, la Tunisie continue de sous-utiliser une ressource pourtant disponible : les eaux usées traitées. Selon l’expert en développement et en ressources hydriques Hussein Rahili, plus de 90 % de ces eaux restent aujourd’hui inexploitées, alors qu’elles pourraient contribuer à réduire la pression sur les ressources hydriques du pays. Invité de l’émission « Houna Tounes » sur les ondes de Diwan FM, l’expert a estimé que la Tunisie accuse près de 30 ans de retard dans la valorisation de cette ressource non conventionnelle. Une ressource hydrique importante La Tunisie dispose d’un réseau relativement développé d’infrastructures d’assainissement. Selon les données évoquées par Rahili, 127 stations d’épuration sont actuellement réparties sur l’ensemble du territoire. Chaque année, plus de 300 millions de mètres cubes d’eaux usées arrivent dans ces stations pour être traitées. À titre de comparaison, la consommation domestique annuelle d’eau en Tunisie est estimée entre 450 et 500 millions de m3. Malgré ce potentiel important, seulement 5 à 7 % des eaux usées traitées sont aujourd’hui réutilisées, notamment dans certains périmètres irrigués. Une gestion de l’eau fragmentée entre plusieurs ministères Pour l’expert, le principal obstacle ne réside pas dans les capacités techniques de traitement, mais dans l’organisation institutionnelle de la gestion de l’eau. En Tunisie, les compétences sont réparties entre plusieurs ministères. Les ressources hydriques conventionnelles relèvent du ministère de l’Agriculture, tandis que les eaux usées traitées sont gérées par l’Office national de l’assainissement (Onas), rattaché au ministère de l’Environnement. Les eaux de source et les eaux minérales dépendent pour leur part du ministère de la Santé. Cette fragmentation complique la mise en place d’une politique hydrique intégrée, pourtant nécessaire pour optimiser l’utilisation de l’ensemble des ressources disponibles. Transport de l’eau et pertes dans le système hydrique Rahili souligne également un problème d’aménagement. Les volumes les plus importants d’eaux usées traitées sont produits dans les grandes agglomérations, notamment le Grand Tunis et les régions du Sahel, alors que les besoins agricoles se situent souvent dans d’autres régions. La réutilisation de ces eaux suppose donc des investissements dans le transport et la redistribution de l’eau vers les zones agricoles. Au-delà de la question des eaux traitées, le système hydrique tunisien souffre également de pertes importantes. Selon les estimations évoquées, 20 à 25 % de l’eau potable est perdue dans les réseaux de distribution, notamment en raison du vieillissement des canalisations. Dans les périmètres irrigués, les pertes peuvent atteindre 30 à 33 %. Par ailleurs, l’évaporation dans les barrages représenterait entre 600 000 et 700 000 m3 d’eau par jour, sous l’effet notamment des températures élevées. Un retard par rapport à plusieurs pays Dans plusieurs pays confrontés au stress hydrique, la réutilisation des eaux usées traitées est devenue un pilier des politiques de gestion de l’eau. À Chypre, par exemple, près de 90 % des eaux usées traitées sont réutilisées, principalement dans l’irrigation agricole. En Jordanie, cette proportion atteint également près de 85 à 90 %. Avec 5 à 7 % seulement d’eaux traitées réutilisées, la Tunisie reste donc très loin de ces niveaux, malgré un potentiel estimé à plus de 300 millions de m3 d’eaux usées traitées chaque année. Lire aussi: Eaux usées traitées : Un programme pour irriguer 20 000 hectares en Tunisie Tunisie : 1,2 milliard de m3 d’eau dans les barrages Béja : Inauguration d’une station d’épuration avec traitement tertiaire

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