Pétrole : Chaque dollar de hausse coûte 164 millions de dinars supplémentaires à la Tunisie
2026-03-03 - 10:28
Ce mardi 3 mars 2026, les prix du pétrole ont fortement progressé sur les marchés mondiaux, sous l’effet de tensions géopolitiques accrues au Moyen‐Orient. Le baril de Brent, référence mondiale, est négocié autour de 80 $, après avoir brièvement dépassé les 82 $, un niveau qui n’avait pas été vu depuis plusieurs mois. Cette progression s’inscrit dans un contexte d’inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial, lié à des attaques et ripostes militaires autour du détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transitent près de 20 % des exportations de pétrole et de gaz. La Tunisie est aujourd’hui un importateur net de pétrole et de produits pétroliers, car sa production interne couvre seulement une partie de sa demande énergétique. Selon les statistiques du secteur, la production nationale en pétrole ne suffit plus à satisfaire les besoins du pays, et la Tunisie dépend donc largement de l’achat de pétrole brut et de produits raffinés à l’étranger. Cette situation s’explique par une production locale en forte baisse depuis plusieurs années, conjuguée à une demande interne croissante dans les secteurs des transports, de l’industrie et de l’énergie. Pour la Tunisie, importatrice nette de pétrole, cette montée des prix représente un défi économique majeur. Le budget 2026 avait été élaboré sur une hypothèse de baril à 63 $, largement dépassée aujourd’hui. Chaque dollar de hausse au‐delà de cette prévision coûte environ 164 millions de dinars supplémentaires à l’État pour la compensation des carburants. Un pays importateur net depuis 2000 Les données du bilan énergétique tunisien montrent que la Tunisie est devenue un importateur net d’hydrocarbures au début des années 2000, avec une production locale qui ne représente désormais qu’une part minoritaire de la demande totale. Cette baisse de production s’accompagne d’une augmentation progressive des importations de pétrole brut et de produits raffinés. Selon les chiffres du commerce extérieur, les produits pétroliers raffinés (comme le gazole, l’essence et le fioul) constituent une part importante des importations tunisiennes. En 2024, le pétrole raffiné représentait environ 8,2 % des importations totales du pays, juste devant le gaz de pétrole. Lire aussi : Tunisie : Une flambée des prix du pétrole impacterait le budget et les subventions Un rapport officiel du ministère de l’Industrie indique qu’en 2024 la production intérieure couvrait seulement 36 % de la demande annuelle en produits pétroliers, le reste étant importé principalement sous forme de pétrole brut ou de carburants raffinés. D’où viennent ces importations ? Les données des douanes tunisiennes et des rapports officiels montrent que la Tunisie a notamment importé du pétrole brut d’Azerbaïdjan, qui a représenté une part importante de ses achats sur les dix premiers mois de 2025. Historiquement, la Tunisie s’approvisionnait aussi auprès de la Libye pour du pétrole brut, mais ce schéma a fortement évolué depuis la crise libyenne de 2011, qui a perturbé les flux traditionnels. Depuis, la majorité des importations de pétrole brut provient d’autres fournisseurs internationaux, notamment en Europe et au Moyen‐Orient. Les produits raffinés proviennent souvent de marchés internationaux divers, car les capacités de raffinage locales ne suffisent pas à couvrir la demande intérieure. Ces produits peuvent être importés depuis l’Europe ou d’autres marchés pétroliers mondiaux, selon les conditions du marché et les contrats commerciaux. Cette dépendance aux importations a un impact direct sur la balance commerciale du pays et sur ses réserves de devises étrangères. Le déficit énergétique demeure une source de pression sur l’économie, car les variations du prix du pétrole sur les marchés mondiaux influencent fortement la facture énergétique de la Tunisie. Des experts du secteur soulignent également que la baisse continue de la production locale de pétrole et de gaz renforce la vulnérabilité du pays face aux chocs externes, notamment lorsque les cours pétroliers augmentent ou que des perturbations logistiques surviennent.