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Flambée des prix du pétrole : La Tunisie face à trois scénarios

2026-03-23 - 11:15

La flambée des prix du pétrole sur les marchés internationaux, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, place la Tunisie dans une situation économique critique. Le baril a atteint environ 113 dollars, soit bien au-delà de l’hypothèse retenue dans la loi de finances 2026 fixée à 63 dollars. Selon l’économiste Ridha Chkondali, cette hausse pourrait générer un surcoût d’environ 8 milliards de dinars pour le budget de l’État, exposant le pays à trois scénarios aux implications majeures. La dégradation du conflit entre l’Iran et Israël, marqué par des frappes ciblant des infrastructures énergétiques, a entraîné une perturbation de l’offre mondiale de pétrole. Les craintes liées à la sécurité du détroit d’Ormuz, couloir stratégique pour le transport des hydrocarbures, accentuent les tensions sur les marchés. Dans ce contexte, les grandes institutions financières ont revu leurs prévisions à la hausse. La banque Goldman Sachs a ainsi relevé son estimation du Brent pour 2026 de 77 à 85 dollars le baril, tandis que les cours ont déjà progressé de plus de 50% en un mois. Un budget tunisien largement dépassé par les réalités du marché Le budget de l’État tunisien repose sur une hypothèse de prix du pétrole nettement inférieure aux niveaux actuels. Avec un baril à 113 dollars, l’écart atteint environ 50 dollars. Selon l’économiste Ridha Chkondali, qui s’est exprimé ce lundi sur les ondes de Mosaique fm, cette différence se traduit par un dépassement significatif des prévisions budgétaires avec un besoin de financement additionnel évalué à environ 8 milliards de dinars. Ce déséquilibre place l’État face à trois scénarios pour absorber le choc. Augmenter les prix des carburants Ce premier scénario consiste à répercuter la hausse du pétrole sur les prix à la pompe afin de réduire la charge des subventions dont l’enveloppe est estimée à 9,8 milliards de dinars, et à limiter le déficit budgétaire. Mais ce scénario aurait pour conséquence une hausse du coût de la vie et un impact direct sur le transport et les produits de consommation. Selon l’économiste, cette option pourrait être politiquement difficile à mettre en œuvre, notamment en raison de son rejet probable par l’exécutif. Recours à l’endettement auprès de la BCT La deuxième option consisterait de financer le déficit en sollicitant la Banque centrale de Tunisie. Il s’agirait de mobiliser environ 8 milliards de dinars supplémentaires, en plus des 11 milliards déjà mobilisés. Cette solution permettrait de court-circuiter l’ajustement immédiat des prix, mais elle comporte des risques en rapport avec une augmentation de la masse monétaire, des pressions inflationnistes et une fragilisation des équilibres macroéconomiques. Reporter les dépenses et ajuster les engagements publics Le troisième scénario serait d’absorber le choc en réduisant ou en reportant certaines dépenses publiques. Il pourrait inclure le report de projets de développement estimés à environ 8 milliards de dinars, le gel ou l’étalement du recrutement de 53.000 agents publics ou l’étalement des augmentations salariales sur plusieurs années. Ce scénario permettrait d’aligner les dépenses sur les capacités réelles de financement afin de préserver l’équilibre budgétaire, mais au prix d’un ralentissement de l’investissement public et d’un impact social différé. Mesures d’urgence et anticipation Face à cette situation, Ridha Chkondali recommande la mise en place d’une cellule de crise composée d’experts nationaux, chargée de suivre l’évolution du contexte géopolitique, anticiper les scénarios énergétiques et proposer des réponses économiques adaptées Il préconise également l’adoption d’une loi de finances complémentaire ou exceptionnelle, afin d’intégrer des mesures correctives capables d’atténuer les effets du choc pétrolier. Les trois options identifiées traduisent un dilemme classique pour les autorités tunisiennes à savoir répercuter le choc sur les citoyens, l’absorber via l’endettement ou ajuster les dépenses publiques. Dans tous les cas, les marges de manœuvre restent limitées face à un choc externe de grande ampleur.

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