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Crise Espagne–États-Unis : A Rabat, une satisfaction discrète ?

2026-03-04 - 09:58

Alors que la crise diplomatique entre l’Espagne et les Etats-Unis alimente un vif débat dans la presse espagnole, le regard se tourne de plus en plus vers Rabat. Dans plusieurs éditoriaux publiés ces derniers jours, certains commentateurs évoquent le rôle croissant du Maroc dans les équilibres stratégiques de la région. A Rabat, aucune déclaration officielle n’est venue commenter la crise. Mais derrière ce silence diplomatique, certains observateurs estiment que les tensions entre Madrid et Washington pourraient illustrer une évolution géopolitique perceptible depuis plusieurs mois. Le Maroc au cœur des débats espagnols Dans la presse espagnole, la crise diplomatique provoquée par le refus du gouvernement de Pedro Sánchez d’autoriser l’utilisation des bases de Naval Station Rota et de Morón Air Base pour des opérations américaines contre l’Iran a rapidement pris une dimension stratégique. Dans un éditorial publié par le quotidien ABC, des sources militaires citées par le journal évoquent le risque qu’une rupture avec Washington affaiblisse la position de Madrid face à Rabat. Le texte mentionne notamment la possibilité d’une « Marche verte du XXIe siècle », en référence à la stratégie utilisée par Hassan II lors de la Green March de 1975. Sur les ondes de Cadena COPE, le journaliste Ángel Expósito a également affirmé que « le Maroc, principal partenaire de Washington et de Tel-Aviv, se réjouit » de la situation créée par la tension entre Madrid et les États-Unis. Dans une tribune publiée par El Mundo, l’éditorialiste Federico Jiménez Losantos a pour sa part estimé que « nos ennemis stratégiques au sud de l’axe Baléares-Gibraltar-Canaries sont le Maroc », affirmant que l’Espagne pourrait se retrouver isolée en cas de crise majeure. Ces prises de position illustrent la place que le Maroc occupe désormais dans le débat stratégique espagnol. Un partenaire stratégique renforcé La montée en puissance diplomatique du Maroc repose sur une série de partenariats consolidés ces dernières années. Depuis les accords d’Abrahamde 2020, Rabat a renforcé ses relations avec les Etats-Unis et avec Israël. Sur le plan militaire, plusieurs accords de coopération ont été signés entre Rabat et Tel-Aviv depuis 2021, portant notamment sur le renseignement, la cybersécurité et l’industrie de défense. Israël a notamment fourni au Maroc des systèmes de défense avancés comme le Barak MX, ainsi que des drones et des technologies de surveillance. Lire aussi: Le Maroc et Israël intensifient leur coopération en matière de défense Les deux pays coopèrent également dans les domaines de l’innovation technologique, de l’agriculture et de la cybersécurité. Avec les États-Unis, Rabat participe régulièrement aux manœuvres militaires African Lion, l’un des plus importants exercices militaires organisés sur le continent africain, impliquant chaque année des milliers de soldats américains et marocains. Sur le plan économique, les relations entre Washington et Rabat s’appuient également sur un accord de libre-échange en vigueur depuis 2006 et sur des investissements américains dans plusieurs secteurs stratégiques. Une évolution perceptible depuis juin 2025 Pour certains observateurs, les inquiétudes exprimées aujourd’hui dans la presse espagnole ne sont pas totalement nouvelles. Le 27 juin 2025, Webdo soulignait déjà cette dynamique dans un article intitulé « Tensions États-Unis – Espagne : Rabat saisit l’opportunité diplomatique », qui analysait le rapprochement stratégique entre le Maroc et Washington dans un contexte de frictions intermittentes entre Madrid et certains partenaires occidentaux. Dans les médias marocains, la crise est généralement abordée avec prudence. Le site Morocco World News souligne notamment que le Maroc ne cherche pas à remplacer l’Espagne comme base alternative pour les États-Unis, rappelant que les spéculations apparues dans certains médias espagnols reflètent surtout les inquiétudes politiques internes à Madrid. D’autres médias, comme Bladi.net, évoquent également l’hypothèse d’un rôle accru du Maroc dans la stratégie américaine, tout en rappelant que les bases espagnoles de Naval Station Rota et de Morón Air Base restent des infrastructures militaires majeures difficilement remplaçables à court terme. Sur les réseaux sociaux marocains, plusieurs commentaires ont également interprété les débats apparus dans les médias espagnols comme le signe de l’influence croissante du Maroc dans les équilibres régionaux. Si ces réactions relèvent davantage de l’opinion publique que de la diplomatie officielle, elles illustrent néanmoins un sentiment de confiance croissant quant au rôle régional du Maroc. Lire aussi: Tensions États-Unis-Espagne : Rabat saisit l’opportunité diplomatique A Rabat toutefois, la ligne officielle reste inchangée. Sous l’autorité du roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine privilégie la prudence lorsqu’un différend oppose deux partenaires occidentaux majeurs. Mais derrière cette discrétion diplomatique, la crise actuelle entre Madrid et Washington semble confirmer qu’un nouvel équilibre stratégique est progressivement en train de se dessiner autour du détroit de Gibraltar.

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