TheTunisaTime

Ciment de Bizerte : La relance à l’épreuve du réel

2026-03-17 - 16:45

Réuni le 17 mars à la Kasbah, un conseil ministériel restreint présidé par la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri a examiné la restructuration de la société Ciment de Bizerte, avec un objectif affiché : relancer une entreprise historique sans céder son capital. Un pilier historique fragilisé Fondée en 1950, entrée en production en 1953 et nationalisée en 1959, Ciment de Bizerte a longtemps été un acteur central des grands chantiers en Tunisie et un fournisseur clé du marché local comme des exportations vers la Méditerranée. Aujourd’hui, malgré des atouts importants — port intégré, connexion ferroviaire, position stratégique — l’entreprise traverse une phase critique. Depuis plusieurs années, et notamment à partir de 2021, elle a connu des arrêts répétés de production, révélant des difficultés techniques et financières profondes. Une restructuration en trois étapes Le plan présenté par le gouvernement repose sur une montée en puissance progressive. Il prévoit d’abord la relance de la production à travers la reprise du clinker et une meilleure maîtrise des coûts. Dans un second temps, il s’agira d’augmenter la capacité via la modernisation des équipements et l’amélioration du fonctionnement des unités de production. Enfin, une troisième phase vise à renforcer l’efficacité énergétique, intégrer les exigences environnementales et moderniser la gestion à travers des outils numériques. À court terme, l’objectif est de maintenir l’approvisionnement du marché afin d’éviter une perte de parts. À moyen terme, la réduction des coûts logistiques — notamment via la réactivation du rail — et le développement commercial sont ciblés. À long terme, l’entreprise devra se repositionner sur les marchés extérieurs. Une relance freinée par des obstacles structurels Derrière ce plan, les défis restent nombreux. L’outil industriel, en grande partie ancien, nécessite des investissements lourds pour retrouver un niveau compétitif. Dans un secteur très énergivore, la hausse des coûts de l’énergie pèse fortement sur les coûts de production. Sur le plan financier, les tensions de trésorerie ont conduit l’entreprise à recourir à l’importation de clinker pour maintenir une activité minimale, une solution coûteuse qui réduit les marges. Le contexte du marché constitue un autre obstacle : avec une capacité nationale de production estimée à près de 12 millions de tonnes, supérieure à la demande locale, la concurrence est forte entre les cimenteries, rendant indispensable mais difficile le développement des exportations. Enfin, malgré la présence d’un port et d’une connexion ferroviaire, ces infrastructures restent sous-exploitées, limitant les gains logistiques potentiels. Une stratégie industrielle assumée Dans le prolongement de ce dossier, le gouvernement a également évoqué la restructuration d’autres entreprises industrielles publiques, confirmant une approche plus large visant à préserver les principaux piliers de l’industrie lourde. Au-delà de ces deux entreprises, le gouvernement assume une rupture avec les politiques passées, accusées d’avoir fragilisé les sociétés publiques en vue de leur cession. L’objectif affiché est désormais de préserver ces structures, réduire la dépendance aux importations et limiter la pression sur les réserves en devises. Reste une question centrale : la restructuration suffira-t-elle à transformer ces entreprises en moteurs durables de croissance, dans un environnement économique de plus en plus contraint ? Lire aussi: Le géant chinois CNBM investit 145 M$ dans le ciment tunisie

Share this post: